Nouvelles de l'abbé Hervé lettre 19

Dédougou le 17 mai 2022

Chers amis,
Nous voici arrivés à la fin de l’année scolaire, ce matin ont eu lieu les derniers cours avec la correction
des compositions de fin de trimestre.
En effet, le Gouvernement a décidé d’écourter l’année scolaire en raison de l’insécurité qui règne
toujours dans le pays. Chaque semaine apporte son lot d’attaques terroristes et plus seulement dans le
nord et l’est du pays, mais aussi dans le sud-ouest où une gendarmerie a récemment été attaquée et
dans le sud à la frontière du Togo. De ce fait, les « déplacés internes » comme on appelle ici ceux qui
ont du fuir leur village, sont de plus en plus nombreux dans les villes où ils se sont réfugiés.
Ainsi la ville de Dédougou accueille officiellement 4.200 déplacés internes (ceux qui se sont fait inscrire
en mairie), mais nombreux sont ceux qui ne sont pas répertoriés et ceux qui arrivent chaque semaine
suite aux attentats commis dans leur village. Ceux qui sont répertoriés reçoivent une aide alimentaire
de l’Etat.
C’est dans ce cadre, que l’Association de jumelage Douai-Dédougou dont je suis l’un des vice-
présidents, a fait parvenir une somme de 1.000 € à la commune de Dédougou en signe de fraternité. La
semaine dernière, j’ai donc remis officiellement cette somme au Préfet de Dédougou qui administre la
commune depuis la suppression des Conseils municipaux par les nouveaux dirigeants du pays.
Le jumelage entre les villes de Dédougou et de Douai date de 2003 et l’année prochaine nous fêterons
les 20 ans de cette amitié.
Comme dans beaucoup de pays, les prix ne cessent d’augmenter notamment le carburant (d’autant
plus que le Burkina est un pays enclavé sans accès à la mer), mais aussi les céréales, le sac de mil ou de
riz…  La pauvreté se fait sentir dans les rues notamment à Ouagadougou où je me suis rendu il y a
quelques jours pour retrouver un ancien scout de Caudry de passage au Burkina pour des raisons
professionnelles. J’ai pu constater le nombre impressionnant de personnes (le plus souvent des
femmes et des enfants) qui mendient à chaque carrefour. Leur nombre a considérablement augmenté
depuis mon dernier séjour à la capitale, il y a 2 mois.
S’ajoutent à ces « nouveaux pauvres », les petits mendiants des rues, appelés au Burkina, les
« garibous » (de la langue moré, voulant dire « mendiant »). C’est l’occasion pour moi de vous parler de
la situation de ces enfants qui errent dans les rues des villes de pays musulmans, comme à Dédougou.
Ce sont des garçons (uniquement) âgés généralement de 7 à 15 ans qui sont confiés par leurs parents,
issus de zones rurales pauvres, à un Maître coranique afin que ce dernier se charge de leur éducation
religieuse. Supposés apprendre le Coran, ils passent leur temps à errer dans les rues des villes en quête
de nourriture. Souvent en guenilles, pieds nus, chaque matin, ils prennent leur boite vide de conserve
rouge destinée à recevoir tout ce qui leur sera donné en nourriture. Seuls ou en bandes, ils passent des
heures à parcourir les rues.
Appelés aussi « les enfants de la rue » ou « les enfants dans la rue » par les ONG, ils seraient environ
50.000 dans tout le pays. De nombreuses familles pauvres envoient leur jeune garçon dans les écoles
coraniques parce qu’elles n’ont pas les moyens de les élever à la maison.
Ces enfants vivent dans un monde où la loi du plus fort domine et le risque pour eux est de tomber
dans la délinquance lorsqu’ils arrivent à l’adolescence. A chaque fois que je me rends en ville, je suis
bouleversé de voir ces enfants quémander toute la journée, de les voir aussi renvoyés parfois assez 
violemment par ceux qu’ils importunent à la sortie des commerces ou des « maquis » (c’est le nom des
débits de boissons, ici, au Burkina !).
Chers amis, je vous redis toute mon amitié fraternelle, en espérant que le «fameux  Covid»  s’éloigne et
vous laisse en repos.
Le reste de la semaine, au petit séminaire, sera consacré au rangement, au ramassage des livres
scolaires, à la remise des bulletins de notes et à la préparation de la « Soirée d’adieux » qui aura lieu
samedi, avec les chants, les saynètes….le tout dans une chaleur torride (nous sommes dans la saison la
plus chaude de l’année (plus de 40 degrés le jour, à l’ombre et pas moins de 30 degrés la nuit). Les
pluies sont attendues dans les prochains jours !

Abbé Hervé

Article publié par Dorothée QUENNESSON • Publié le Mercredi 18 mai 2022 • 336 visites

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